Instants

De ces jours étranges qui ne dureront  pas et on ne sait s'ils nous changeront , nous en tenons un journal, celui d'une confinée au côté de millions d'autres confinés. Le journal C'est ici

 

 

A travers ces murs

Texte inspiré du titre de Phil Collins "Thru these walls"

 

Des histoires de nuit nous habitent et on y voit celui qui attend.

Les nuances de lumière décroissent.

Il est là. Il s’assoit

dos contre la paroi

les jambes allongées devant lui sur le lit.

 

De la fenêtre 

cette flaque de lumière couchante, presque jaune/orange.

 Il sait que le ciel se teinte mais il ne le regarde pas.

Il fume.

Et la fumée dessine des arabesques bleutées au milieu des rayons qui traversent les carreaux.

Il attend.

Parfois il attend longtemps.

Il a souvent le temps de grignoter

de lire quelques vers

d'écrire à sa mère qui se morfond à Angoulême.

Ils sont une lignée d’êtres solitaires

chacun de leur côté. Il lui dit que ça va

que les choses se passent bien pour lui

le travail, les collègues...imaginaires, qu’il coupe du bois, qu’il se fait les muscles 

alors qu’il n’est qu’ici

enfermé là

toute la journée à espérer la nuit.

Il attend qu’ils rentrent.

 

Il attend leurs pas derrière la porte close.

Dans ce 13m2 dont il connaît tous les recoins, les moindres interstices, les quelques fissures du mur en face de lui. Le clou sur le pan de mur vide d’où il a décroché la peinture de ce voilier voguant sur une mer agitée. Il ne permettait pas à ses pensées de se tendre assez vers la proie de ses désirs.

 

Dans cette chambre aux murs bleus-gris, les ombres s’allongent jusqu’à ne faire qu’une avec la nuit. Mais ce n’est pas encore le moment...il attend.

Ses pieds sont dans la flaque de lumière. Ils bougent peu.

Il les frottent parfois l’un contre l’autre alors qu’une mouche vient les agacer.

Il ne la sent pas. 

Il la regarde se déplacer sur ses orteils insensibles.

Il s’étonne du manque de sensations de ses orteils, alors qu’elles viennent régulièrement sur son bras danser et par leurs pattes légères lui donner une sensation de caresse.

Il attend le déclin

et c’est dans cette finitude

qu’il espère le plus

jusqu’à ce que

jusqu’à ce qu’ils.

 

Ce n’est pas très différent à chaque fois.

Dans le couloir, la porte de l’ascenseur glisse et lui, l’homme, sort souvent le premier.

Il a des chaussures d’homme, plates et posées.

Elle le suit avec des claquements de talons plus hésitants

comme si elle tanguait.

Des chuchotements, des rires, parfois des grognements lorsqu’ils ont commencé de s’exciter dans l’ascenseur.

Une fois il l’a plaqué contre le mur qui donne sur sa chambre.

Il entendait son corps à elle, soulevé par son corp d’homme. Il entendait le mouillé que faisaient les doigts de l’homme dans son sexe, sa respiration ses

oui continue

qui montaient en chaleur en haut de son crâne et avait durci son membre.

La minuterie du couloir s’était éteinte et il l’a prise là, contre le mur et celui-ci s’est mis à vibrer quelques longues minutes comme un tambour et ses grognements à lui et ses plaintes à elle.

Il les imaginait dans le noir du couloir et l’enseigne de l’hôtel d’en face clignotait en décalé avec leur rythme à eux.

En rejoignant leur appartement, elle riait et ce fut terminé pour la soirée.

 

Il est resté comme ébahi avec son sexe gluant dans la main . Il a mis une bonne heure avant de bouger pour se rincer.

 

Le plus souvent pourtant, ils rentrent, prennent leur douche, se déplacent, parlent sûrement de leur journée, il en entend les murmures de ce qu’ils se disent de leur travail, de leurs amis. Ils regardent parfois un film.

Il attend le cœur de la nuit.

Les murs de la chambre ne sont éclairés que par l’intermittence de l’enseigne rouge/noir/rouge/noir

...il écoute

les bruits, les paroles, les glissements, les rires, les grincements, les frottements et les soupirs, les gémissements et tout ce qu’il croit qu’ils se disent et tout ce qu’ils font.

Et lorsque le moment est venu

il place un verre contre la paroi et le verre après un certain temps se met à vibrer sous les assauts. L’eau se met  à gicler du verre, inondant la table de chevet.

Il écoute

il entend

le son de la sueur

et les soupirs d’extase.

 

Il reste là à imaginer

qu’il tend la main

et qu’il touche quelqu’un.

 

VLM  / juin 2020



VLM
VLM



Ce qui tremble


 



Ce qui tombe

souvent

doucement

les feuilles

de l’arbre

se posent

comme bateaux légers 

et partent au loin

jolis trois mâts

vers de vieux ports oubliés

pour une fin de vie

humide et putride.



Ce qui tombe

bouleversante

la pluie

nourrit

le flux

crépite, ténue

abreuve, remue

d’un incessant mouvement.

déchire 

parfois

le ciel de lumières

et enfin

remonte

la brume.



Ce qui tombe

les nuées les ombres la nuit

la chaleur et le vent.

De l’atmosphère il me vient un air

ça glisse et accompagne

comme mille instruments

La symphonie du moment présent.




Ce qui tombe

de

temps

en

temps

une main

un doigt

une patte

un bec

un visage qui se lave

un oiseau qui s’étanche…

la vie.

 

 

Ce qui monte

nourrit

vient du cœur

vient du centre.

La multitude organique

festoie

en surface

et se laisse aller

à flotter

légèreté.

 

 

Ce qui trouble

ce qui trouble

est souvent hors du temps

ça passe

s’efface

fugace


mais ce qui trouble

ce qui trouble

fait trace

dans les sables mouvants.