les textes narratifs

Quelques textes à cliquer: 

Madeleines ;   une  cicatrice ;   le CDLMDLA  ;    Ailleurs si j'y suis

 

De petits textes qui sont comme des gouttes dans l'océan. Ils sont nécessaires pour dire ce qui traverse, pour travailler l'écriture, la langue.

Textes écrits en ateliers d'écriture, dans une insomnie ou un après midi pluvieux, ce sont des moments de vie à croquer entre deux portes.

 

GESTION DE CONFLITS     

 

Elle arrive par le train de 22h35. Elle a passé quatre heures et des poussières à, tantôt, relire ses notes de formation sur la gestion des conflits, à repenser à quelques outils pour la mise en place d’une stratégie pour un équipe récalcitrante aux changements, tantôt, lire quelques lignes de « prendre dates*» en repensant à cette conversation avec une collègue sur ce qui la motivait à dire que « lorsque presque 50% de ta ville, ce sont des maghrébins qui te disent ouvertement qu’ils viennent profiter des minimas sociaux en France, mais que les Français, ça les débectent… »…

 

Elle reste songeuse. Qu’a-t-elle comme argument contre ça ? Elle voit bien que sa collègue dit ça sans haine, qu’il n’y a pas une pointe de racisme dans ces propos. Elle ne peut lui répondre que par ces propres rencontres qui ne sont pas dans un même contexte. Ont-elles de la valeur ? Où est la vérité ? Y en a-t-il une ? Ne mélangeons-nous pas tout ? La migration économique devrait-elle être moins considérée que la migration forcée ou contrainte de pays dictatures ou en guerre ? N’y a-t-il pas un véritable effort à faire envers toutes ces personnes pour qu’ils ne soient pas parqués dans nos périphéries, mais aussi rendre peut-être obligatoire un certain parcours d’intégration de la culture du pays où ils veulent s’installer ? Combien de femmes rencontrées, emmurées ou entre elles, qui, au bout de vingt ans ne savent toujours pas parler ni écrire le français ?

 

Ces questions se bousculent dans sa tête. Et ce « nous » ? Qui sommes-nous, les porteurs du panneau « Je suis Charlie » ? Nous sommes sûrement là sur cette même place avec des valeurs communes. Mais quand sera-t-il de ce nous lors d’une guerre ? Les mots dits sans haine ne seront-ils pas pris par certains comme des insultes ? Les tensions dans nos villes et quartiers poudrières et dans nos villages à moitié Le Pennistes ne céderont ils pas à une violence sans nom entre voisins et soi-disant amis ?

 

 

 

La fin du voyage est long et le temps tire sur le corps engourdi.

 

 

 

Elle rentre et traverse la ville pour récupérer son fils qui a fait un knock-out au rugby. Elle le retrouve devant une maison médicale qui a bien voulu le prendre en ce dimanche soir.

 

Il est KO, mais debout, son fils. Il la serre dans ses bras, content de la voir après ces quelques jours d’absence.

 

Le médecin remplaçant de garde n’a pas semblé lui avoir fait d’examens approfondis : lever les bras, plier les genoux, cligner des yeux…par contre il lui demande bien 56€ et ils ne disposent pas de lecteur de cartes. Elle doit se rendre au distributeur, à deux pas, chercher du liquide et elle en a ras les pattes ce soir, d’autant plus qu’on est à la fin du mois et qu’elle sait avoir peu d’argent sur son compte en banque.

 

Dans la voiture, elle raconte succinctement à son fils, sa vie à elle, ces quelques jours loin de la maison.

 

- Maman, j’ai quelque chose à te dire…

 

Allons, bon, ce n’est pas fini pour ce soir…

 

- J’ai fait une petite fête samedi soir…

 

Ok. Il va me dire que la maison est sans dessus-dessous. Elle a déjà le vertige…

 

- Ils sont tous restés dormir à la maison et un de mes copains a dormi dans ta chambre…mais il n’était pas seul…une fille, que je connaissais à peine…

 

Les choses se précisent. Elle n’est pas contre la découverte sensorielle des corps de ces jeunes adultes boutonneux, une certaine nostalgie peut-être d’un temps passé et révolu…

 

- Le problème c’est qu’elle était vierge…

 

Aïe, aïe, aïe…défloraison d’une jeune vierge mineure chez elle…les parents qui portent plainte…elle se prépare au pire…

 

- Non, non, elle doit avoir dix-neuf, vingt ans…mais bon, c’était une boucherie, elle en avait mis partout.

 

Bon sang ! Quelle bande de petits crétins ! Le ton monte…l’impression qu’on lui ait d’abord volé son intimité. Faire ça dans sa chambre, dans son lit. C’est un peu son sanctuaire, non ? Elle le dit ce mot : sanctuaire. Il ne comprend pas, les mots se bousculent entre eux, s’entrechoquent.

 

- Mais tu sais, ils étaient hébétés à trois heures du mat ! Tout le monde s’est levé, est venu voir, les filles ont aidé, elle disait qu’elle savait ce qu’il fallait faire…

 

- Faire quoi ? Qu’est-ce qu’elles savaient faire, ces filles ?

 

Elles ont nettoyé le matelas pendant des heures, elles ont mis les draps à la machine…

 

- A froid ?

 

- Comment ça à froid ?

 

- Le sang, ça se lave à froid, autrement c’est fichu, les tâches restent…

 

- non, pas à froid, non, je ne crois pas…

 

- Ah ! Punaise…mais quand on ne sait pas…on ne fait pas !

 

- T’énerve pas comme ça, c’est pas de leur faute ! Elles pensaient bien faire ! Faut toujours que tu t’emballe…arrête de me parler sur ce ton !

 

- Mais, merde, j’ai le droit d’être énervée, non, tu ne crois pas ? Faut que je sois la maman cool, qui accepte tout ?

 

- La couette, ils ont dû la mettre à la poubelle…

 

- C’est une blague ?

 

- Je te jure, elle était irrécupérable…elle était rouge, la couette…

 

 

 

Elle revient de trois jours de formation « gestion des conflits ». Elle y repense là. Elle expire, reprend de l’air, expire de nouveau..du calme…

 

- Bien…ce qui est fait, est fait…mais tu peux essayer de comprendre que je me sens comme, c’est peut-être fort, violée…violée dans mon intimité…volée de ce qui m’appartient…vous avez empiété sur le peu de territoire que je possède…

 

- Oui, peut-être…oui, je peux comprendre…

 

- Alors on va faire un contrat. Je ne vais pas t’empêcher de faire des soirées à la maison, ce serait idiot mais personne ne doit plus entrer dans ma chambre. Toi seul, tu peux y dormir et sans fille, encore moins vierge. Si tu veux faire ça, tu le fais ailleurs, ok ?

 

- C’est d’accord.

 

 

 

- Ils ont vraiment mis la couette à la poubelle ?